Conférence sur La traite des femmes et des filles : relever le défi ensemble

Date Publish: 
Dimanche, March 4, 2007 - 16:00
Speaker: 
Mrs. Ndioro Ndiaye, former Deputy Director General, International Organization for Migration
Location: 

La chaîne de la
traite : l’offre et la demande

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs,

L’Organisation internationale pour les migrations
apprécie vivement l’occasion qui lui est donnée
de s’adresser à cette assistance et tient tout
particulièrement à faire part de ses remerciements
aux Gouvernements du Bélarus et des Philippines ainsi que
Vital Voices et UNODC pour l’organisation de cette
manifestation importante.   Cette conference faisant
parti de l’Initiative Globale contre la Traite et
l’Esclavage, nous nous permettons d’exprimer le souhait
que cette Initiative sera menee par une coalition
d’organisations avec l’expertise dans la lutte contre
la traite come l’OIM et d’autres.

Comme nous le savons tous, la féminisation de la
migration internationale apparaît aujourd’hui comme une
tendance majeure sur la scène migratoire, car près de
la moitié des migrants du monde entier sont
aujourd’hui des femmes.  Nombreuses sont
aujourd’hui les femmes qui émigrent seules en
quête d’opportunités pour elles-mêmes, et
non plus pour leur mari et leurs enfants seulement.  Nous
devrions nous en réjouir car cela témoigne du gain
d’autonomie et d’autodétermination dont peut se
prévaloir un nombre croissant de femmes de par le
monde.  Toutefois, si nous trouvons encourageant ce gain
général d’autonomie des femmes que permet la
migration, nous ne devons pas nous cacher que cette dernière
présente aussi une face sombre qui touche bien plus
massivement les femmes, puisque non moins de 80 % d’entre
elles sont concernées.  La traite des êtres
humains est l’un des plus grands fléaux de notre
temps.  Chaque année, des centaines de milliers de
femmes, sinon des millions, en sont victimes et subissent de ce
fait des traumatismes physiques et mentaux dévastateurs et
souvent irréversibles.  Contrairement à
l’opinion répandue selon laquelle il s’agirait
d’un phénomène relativement nouveau, les
origines de la traite des êtres humains remontent à au
moins plusieurs siècles, et il n’est malheureusement
pas excessif de tracer un parallèle, tant par
l’ampleur du phénomène que par les souffrances
infligées aux victimes, avec le commerce transatlantique
d’Africains vers les Amériques, au cours duquel plus
de 12 millions de personnes ont traversé
l’océan contre leur gré en l’espace de
quatre siècles.  Si les statistiques actuelles sont
correctes, ce sont aujourd’hui 700.000 personnes qui se
trouvent annuellement réduites en esclavage hors des
frontières de leur pays, et, pour notre plus grand
déshonneur, nous aurons, à ce rythme, atteint les 12
millions en une vingtaine d’années seulement.

Je préfère généralement parler des
nombreux aspects positifs de la migration internationale, mais
aujourd’hui, il me faut vous entretenir de cette forme
contemporaine de l’esclavage qui se nourrit de la
vulnérabilité des femmes et des filles, ainsi que des
hommes et des garçons, en mettant plus
précisément l’accent sur l’interaction
entre l’offre et la demande de cette marchandise
humaine.  C’est un fait, la traite des êtres
humains n’a déjà que trop duré.

Avant d’aborder spécifiquement cet aspect de
l’offre et de la demande, je pense qu’il importe que
nous ayons tous la même compréhension de la traite des
êtres humains, car il y a souvent confusion avec
d’autres formes de migration irrégulière. 
Pour paraphraser le Protocole de Palerme visant à
prévenir, réprimer et punir la traite des personnes,
en particulier des femmes et des enfants, l’expression
« traite des personnes » désigne le recrutement
et le transport de personnes par la tromperie ou le recours
à la force aux fins d’exploitation.  Pour
concrétiser cette définition, j’aimerais
partager avec vous un exemple de traite en provenance de mon propre
continent, qui a particulièrement frappé
l’ex-président d’Afrique du Sud, Nelson
Mandela:

En 1810, Saartjie Baartman, une jeune femme de 21 ans
appartenant au peuple Griqua d’Afrique du Sud, travaillait
dans une ferme proche du Cap. Elle avait déjà
passé l’âge traditionnel du mariage dans son
peuple et n’avait guère de perspectives – voire
aucune – d’améliorer sa condition. 
Lorsqu’un médecin anglais, le docteur William Dunlop,
lui promis célébrité, fortune et
liberté dans un pays lointain, Saartjie accepta volontiers
son offre et s’embarqua avec lui à destination de
Londres. 

Ce n’était cependant ni la
célébrité, ni la fortune, ni la liberté
qui l’attendaient dans cette ville.  Le médecin
avait tout autre chose en tête.  Fasciné par son
physique, très différent de celui des
européennes de l’époque mais courant dans la
population du Cap, Dunlop fit d’elle un sujet
d’exhibition et la montra aux foules de Londres puis de
Paris, qui payaient un schilling par visiteur pour observer sans
retenue cette femme que l’on avait crûment
baptisée la « Vénus Hottentote »

Il est douteux qu’elle ait eu la moindre part de
bénéfice de cette exploitation, et lorsque
l’aspect insolite de son corps cessa
d’intéresser les foules britanniques et
françaises, elle fut abandonnée à
elle-même, sans famille ou ami, et dépourvue de
surcroît des outils linguistiques et culturels qui lui
auraient permis de survivre en Europe. Elle mourut seulement six
années après avoir quitté le Cap.  Son
corps fut démembré et disséqué et ses
organes furent conservés pour être exposés au
Musée de l’Homme de Paris durant les 160 années
qui suivirent.

Il est bien triste de constater que la tromperie à
laquelle a eu recours son exploiteur pour la recruter à son
profit et la faire sortir de son pays est hélas très
largement répandue aujourd’hui encore et que des
centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants
en sont toujours victimes.  Le plus souvent séduites
par des promesses d’emploi bien
rémunéré, de mariage ou
d’opportunités d’éducation à
l’étranger, des personnes se laissent facilement
appâter  par les offres tentantes que leur font miroiter
les intermédiaires de réseaux criminels, sans
réaliser la vraie nature de leur futur emploi ni les
conditions dans lesquelles elles seront employées. 
Dès lors qu’elles sont solidement prises au
piège de la clandestinité, ou
désorientées et handicapées par
l’étrangéité de leur environnement, ces
personnes subissent l’emprise des trafiquants le plus souvent
par la violence ou par la menace de violence, soit sur
elles-mêmes, soit à l’encontre de leurs amis et
des membres de leur famille, par des contrats aux conditions
inacceptables et par l’endettement, ou par la confiscation
des documents d’identité – tout cela ayant pour
but de faciliter leur exploitation pour le plus grand avantage des
trafiquants.

Trop souvent, malheureusement, on a tendance à
considérer ces personnes comme excessivement
naïves.  Comment – entend-on dire –
peuvent-elles se laisser si facilement abuser, surtout si
l’on considère l’abondance de campagnes
d’information et autres initiatives visant à
sensibiliser les masses à cette forme de criminalité
dans de nombreuses régions du monde ? De toute
évidence, elles ont fait preuve d’une grande
crédulité ! Pourtant si l’on dépasse ce
stéréotype un peu facile, on ne voit plus qu’un
être humain s’efforçant de trouver un emploi,
comme beaucoup d’entre nous ont pu être amenés
à le faire à différentes époques de
leur vie.  Lorsque vous cherchez du travail, vous interrogez
vos amis et vos collègues, vous passez en revue les journaux
et les sites Internet, vous téléphonez, vous envoyez
des offres de candidature et vous vous rendez à des
entretiens.  Bon nombre de ces personnes qui ont
été victimes de trafiquants ont fait la même
chose.  Il se peut aussi qu’elles aient signé ce
qui semblait être un vrai contrat d’emploi, et sinon,
qu’elles aient pris des décisions censées, sur
la base des informations dont elles disposaient.  Combien
d’entre nous ici, lorsque nous cherchons un travail, appelons
les chambres de commerce pour vérifier l’existence
légale d’un employeur ? Combien
d’expatriés se sont donné la peine de
vérifier doublement auprès des ambassades les
informations que leur ont données un employeur concernant
les règlements en matière d’immigration et les
permis de travail ? Combien ont insisté pour acheter
eux-mêmes leur billet d’avion alors que
l’employeur leur proposait de le leur payer ? Combien se sont
donné la peine de lire les conditions de leur contrat
au-delà des renseignements de base concernant la
rémunération, les avantages et la durée ?
Très peu, je le crains.  Les personnes qui tombent dans
les pièges de trafiquants ne sont généralement
ni plus naïves, ni plus crédules que la plupart
d’entre nous.  Mais alors, vous demandez-vous, pourquoi
la traite des personnes fait-elle de si nombreuses victimes ?

La réponse à cette question a traditionnellement
été de s’interroger, dans les pays
d’origine de migrants, sur les causes profondes de la traite,
et de désigner ainsi la pauvreté, le dénuement
économique et l’absence d’opportunités,
la discrimination entre les sexes, voire l’instabilité
et les troubles politiques.  Mais sont-ce là
réellement les causes profondes de la traite des personnes
?  La pauvreté et la discrimination entre les sexes
sont-elles à ce point plus largement répandues
aujourd’hui que jamais auparavant pour être à
l’origine d’une croissance exponentielle du commerce
des êtres humains ? Non.  Si la pauvreté et
d’autres circonstances analogues constituent des facteurs de
vulnérabilité qui exposent les personnes au risque de
tomber dans les pièges des trafiquants, le dénuement
dans lequel se trouvaient de nombreuses personnes avant
d’avoir fait l’objet d’un trafic ne fait pas de
la pauvreté la cause de ce trafic, pas plus que la
pauvreté n’est en elle-même une condition
nécessaire pour que ce trafic ait lieu.  Une autre
constatation qui va dans le même sens est le fait qu’un
si grand nombre de personnes qui étaient en quête
d’opportunités meilleures avant d’avoir fait
l’objet d’un trafic n’auraient pas, sans cela,
été considérées comme pauvres. 
Même si la pauvreté, la discrimination entre les sexes
et les troubles politiques peuvent être des facteurs de
vulnérabilité dans les pays d’origine, il ne
faut pas y chercher les causes profondes de la traite des
êtres humains, même s’ils y contribuent dans une
mesure importante. 

Malheureusement, cette désignation erronée des
causes profondes du mal nous a encouragés à cibler
nos efforts de lutte contre la traite dans une mesure
disproportionnée sur l’extrémité de la
chaîne correspondant à l’offre.  Tout comme
dans le commerce international des stupéfiants, qui est
l’une des autres entreprises criminelles d’envergure
mondiale s’opérant sur une échelle comparable,
nous avons tendance à nous focaliser sur le contrôle
de la source pour faire obstacle à  la traite des
êtres humains.  Depuis plus de dix ans maintenant, nous
débattons de campagnes de sensibilisation et de projets
générateurs de revenus ciblant des groupes
vulnérables dans les pays sources – et dans de
nombreux cas nous les avons d’ailleurs mis en
œuvre.  A cela s’ajoute la mise en place de
mécanismes assurant un éventail de protection complet
allant des cadres juridiques à la
réintégration en passant par un soutien
médical et psychosocial, la formation des membres des forces
de police et de l’appareil judiciaire, etc. Toutes ces
activités étaient certainement dignes
d’intérêt et ont dans de nombreux cas produit
des résultats significatifs.  Mais à mes yeux,
le succès de notre lutte contre la traite des êtres
humains se mesure réellement par la réponse à
la question suivante : au cours des dix dernières
années, avons-nous réussi à faire
régresser significativement ce problème ? Au vu de la
complexité du travail de compilation des données
permettant de mesurer les tendances à l’échelle
mondiale, la réponse n’est pas certaine, mais tout
porte à croire que le phénomène de la traite
reste tout aussi répandu aujourd’hui qu’il
l’était il y a dix ans.  D’un point de vue
pratique, avec une offre aussi abondante, aussi bon marché
et accessible sans restrictions à tout pays ou
région, il risque fort de s’avérer impossible,
à court ou à moyen terme, de rompre la chaîne
de la traite à la source.  Par conséquent,
plutôt que de mettre si fortement l’accent sur
l’offre, intéressons-nous plutôt à
l’autre extrémité, à savoir la demande
de main-d’œuvre et de services dans les pays de
destination.  Tel était l’un des thèmes
sur lesquels a porté la conférence d’octobre
dernier sur la coopération entre les pays d’origine et
de destination, consacrée à la traite des personnes,
qu’avaient organisée le Gouvernement du Bélarus
et l’OIM à Minsk.  Nous tenons aujourd’hui
à votre disposition le rapport relatif à cette
conférence et saisissons l’occasion pour feliciter le
Gouvernment du Belarus pour leurs efforts et l’efficacite des
mesures qu’ils ont pris pour lutter contre la traite.

Nous assistons aujourd’hui, parallèlement à
la mondialisation, à une évolution
démographique majeure.  Au vieillissement des
populations et à la chute des taux de
fécondité dans bon nombre de pays
industrialisés s’oppose la croissance
démographique et le surplus de main-d’œuvre dans
les pays en développement.  De nouveaux marchés
du travail apparaissent à mesure que sont
créées des industries de services et des
opportunités d’emploi là où il
n’en existait pas.  Dans la plupart des cas,
l’évolution des politiques migratoires susceptibles de
faciliter et de satisfaire cette demande n’a pas
emboîté le pas à la croissance
économique.  Alors que s’effacent les
barrières commerciales afin de faciliter la libre
circulation des marchandises, des services et des capitaux, qui
créeront à leur tour des opportunités
d’emploi, les politiques migratoires, à
l’inverse, se font en général plus restrictives
et plus rigides.  C’est précisément cette
tension entre une demande intense de main-d’œuvre et de
services d’une part et les trop rares filières de
migration légale d’autre part qui créent des
opportunités pour les intermédiaires.  Lorsque
la demande porte spécifiquement sur une
main-d’œuvre à bon marché et des services
à bon marché, une brèche s’ouvre pour
les trafiquants d’êtres humains qui s’empressent
de s’y engouffrer.  L’Equipe de coordination des
experts de l’Alliance (ECEA), dont l’OIM est membre
avec quelques institutions intergouvernementales clés et
plusieurs ONG, a observé dans une déclaration
récente que la demande de main-d’œuvre et de
services dans les secteurs qui semblent se prêter tout
particulièrement à l’exploitation, comme la
construction, la production agricole et vivrière, les
emplois domestiques et les soins à domicile –
l’hôtellerie et la restauration – s’adresse
à des employés invisibles, non
protégés, exclus, vulnérables et sans
autonomie.  La déclaration de l’ECEA montre en
outre que plusieurs de ces secteurs, et particulièrement
ceux à forte intensité de travail, pourraient ne pas
survivre sans main-d’œuvre non protégée et
à bon marché.  Est-ce donc là la raison
pour laquelle la traite des êtres humains perdure ? Est-ce
parce que de nombreux pays de destination se montreraient
réticents à l’idée de prendre des
mesures drastiques risquant de déstabiliser certains
secteurs de leur économie ? Peut-être, comme le
remarque Moisés Naïm dans son livre Illicit, la
non-application de facto par les gouvernements des lois du travail
existantes revient-elle au versement de subventions par ces
mêmes gouvernements – sous la forme
d’exonérations de cotisations de
sécurité sociale et de taxes – à des
industries qui emploient des millions de soi-disant
illégaux.

Pourquoi nos paroles et nos actes sont-ils en apparence si
souvent éloignés face à ce problème ?
Alors que certains pays ont promptement
légiféré et établi des plans
d’action pour lutter contre la traite – ce qui
constitue d’ailleurs une démarche

nécessaire –, ils continuent de menacer de contrainte
ou d’expulsion les personnes victimes de trafiquants qui
rechignent à faciliter les enquêtes et la poursuite de
leurs trafiquants.  D’autres pays ont
généreusement financé des activités de
prévention dans les pays d’origine – une
démarche louable – mais ont été moins
prompts à faire bénéficier les migrants se
trouvant sur leur territoire de la protection offerte par les lois
du travail.  Pour parler clairement, mon propos n’est
pas de dire que l’on a accordé une trop grande
attention au phénomène de la traite vu du
côté de l’offre.  Absolument pas. En fait,
il est d’une importance cruciale que nous nous efforcions de
prévenir la traite des êtres humains à la
source.  Néanmoins, je suis convaincue du
caractère disproportionné de l’attention
accordée à l’offre, car je considère que
les causes profondes de la traite sont plutôt à
chercher du côté de la demande, et plus
spécifiquement dans la volonté et la capacité
de certains employeurs des pays de destination à payer pour
s’assurer les services d’une main-d’œuvre
exploitée, et dans l’absence de volonté ou
l’incapacité de certains gouvernements à
protéger la main-d’œuvre immigrée.

Le débat autour des causes profondes de la traite des
êtres humains et sur la question de savoir s’il faut
les chercher du côté de l’offre ou du
côté de la demande ne peut cependant pas attendre
qu’un consensus se soit fait et que des mesures soient
décidées à ce sujet.  D’ores et
déjà, les pays de destination peuvent et devraient
agir pour:

  • Faire en sorte que les activités professionnelles
    informelles et non réglementées
    bénéficient de la protection du droit du travail, de
    telle sorte que tous les travailleurs jouissent des mêmes
    droits sur ce plan;
  • Encourager la création d’associations
    éthiques d’employeurs qui adhéreront aux codes
    de conduite pouvant garantir la protection des droits de leurs
    travailleurs, indépendamment de leur origine;
  • Mettre au point des directives et des campagnes de
    sensibilisation dans le but de permettre au consommateur de
    repérer les marchandises et les services qui ne sont pas le
    fruit de l’exploitation et du travail forcé.

Il s’agit là d’exemples de mesures que les
pays de destination peuvent prendre unilatéralement, mais il
existe aussi des domaines d’intervention concertée
entre pays d’origine et pays de destination, de même
qu’entre organisations intergouvernementales, et ceci nous
ramène à la gestion des migrations.  Il existe
un besoin manifeste d’ouvrir des filières plus
légales de migration et d’en assurer
l’accès afin d’équilibrer la demande de
main-d’œuvre et de services avec l’offre.  Ce
besoin est de plus en plus couvert au moyen d’accords
bilatéraux, et si ceux-ci s’inscrivent en outre dans
un solide cadre législatif s’accompagnant d’un
système d’inspection des mécanismes de
recrutement dans le pays d’origine, et du
bénéfice assuré, pour les migrants, de la
protection des lois sur le travail dans les pays de destination, il
existe des chances réelles de maintenir les trafiquants
à l’écart.  Qu’il me soit permis
à ce propos de citer simplement quelques exemples de saines
pratiques.

Au titre d’un programme général du
Gouvernement canadien, l’OIM assiste les associations
d’employeurs du Québec au niveau du recrutement de
travailleurs agricoles saisonniers du Guatemala.  Nous
facilitons également les déplacements de travailleurs
colombiens à destination de l’Espagne.  Depuis
quelque temps, l’Italie a fixé des quotas
d’admission de travailleurs immigrés, et l’OIM
assure actuellement des services d’orientation et de
formation de pré-départ pour les migrants du Sri
Lanka et de la Moldova.  La Corée est aussi un pays
pour lequel nous facilitons le recrutement outre-mer, et nous avons
mis sur pied des campagnes d’information au Bélarus,
en Bulgarie, en Croatie, au Kazakhstan et en Moldova afin
d’informer les nationaux de ces pays quant à la
manière de postuler en sécurité pour des
emplois en République tchèque.  Ces programmes
s’adressent tant aux femmes qu’aux hommes, mais il est
certain que l’on pourrait insister davantage sur la mise en
place de programmes de migration sûre et ordonnée de
main-d’œuvre, principalement à l’intention
des femmes qui, somme toute, représentent près de la
moitié de tous les migrants dans le monde et se trouvent
fréquemment exposées au risque de travailler dans des
secteurs informels, non réglementés, non
protégés et souvent illégaux.

Les organisations internationales elles-aussi doivent faire
davantage pour coordonner leurs activités et assurer une
approche holistique de la lutte contre la traite.  A cet
égard, je note avec plaisir les progrès accomplis
avec la création à Tokyo, en septembre 2006, du
Groupe de coopération interinstitutions contre la traite des
personnes (ICAT).  Les membres de l’ICAT, à
savoir l’OIM et ses partenaires des Nations Unies, se sont
entendus sur ce qui suit : établir une plate-forme pour
l’échange d’informations,
d’expériences et de saines pratiques ; veiller
à l’application sans réserve des instruments
internationaux existants et des normes applicables ; et promouvoir
une utilisation efficace et rationnelle des ressources existantes,
tirant parti des avantages comparatifs des membres de l’ICAT,
tout en utilisant au maximum les mécanismes régionaux
et nationaux.  Nous souhaitons plein succès à
l’ICAT dans cette nouvelle entreprise.

Il va sans dire que tous les migrants – en tant
qu’êtres humains – peuvent se réclamer des
protections fondamentales, et c’est ce sur quoi je voudrais
conclure.  S’il existe des différences
considérables quant au profil des victimes de la traite
– femmes et filles, hommes et garçons –, de
même qu’à celui des trafiquants, les
stratégies déployées pour recruter,
transporter et exploiter les victimes restent comparables et
ravivent le sinistre souvenir du commerce transatlantique
d’esclaves qui a été condamné avec tant
de force.  Pourtant, il aura fallu attaquer sur plusieurs
fronts pour obtenir la condamnation unanime de ce sordide commerce,
et, pour y parvenir, il aura fallu voter et faire appliquer des
lois interdisant la possession d’esclaves dans les pays de
destination.  L’effondrement de la demande
d’esclaves dans les Amériques a aussitôt
entraîné celui du commerce s’y rapportant. 
Sans doute y-a-t-il ici un enseignement à tirer.  Si
nous veillons à faire respecter les droits des migrants et
plaçons ces derniers en mesure de vivre et de travailler
dans des conditions décentes, leur productivité
contribuera à l’économie des pays
d’accueil tout comme à celle des pays d’origine,
lesquels recevrons probablement une part considérable de
leurs gains.  En résumé, ce type
d’encadrement des migrations profiterait à la fois aux
migrants et à la société des pays
concernés, ce qui est l’objectif vers lequel tend
l’OIM.

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