Femmes migrantes comme facteur du développement: contribution économique et sociale au développement des pays d'origine

Date Publish: 
Mardi, October 16, 2007 - 16:00
Speaker: 
Mrs. Ndioro Ndiaye, former Deputy Director General, International Organization for Migration
Location: 

Madame la Vice-Présidente, Mesdames, Messieurs, chers
participants,

Je souhaiterais tout d`abord remercier Mme Kratsa,
Vice-Présidente du Parlement Européen et
présidente de l`Assemblée Parlementaire Euro
Méditerranéenne, pour m`avoir donne l`occasion de
m`adresser a vous aujourd`hui et d`échanger nos points de
vue sur le thème de l`intégration et du potentiel
économique et social des femmes migrantes en Europe.

Pendant longtemps, la perception ainsi que les travaux de
recherche sur l'immigration se sont concentrés sur les
travailleurs migrants de sexe masculin, la migration étant
strictement considérée selon une perspective
économique, renforçant ainsi l'image d'un
modèle unique de la femme migrante suivant son mari et ses
enfants, sans statut juridique indépendant.

La décision de migrer pour les femmes est souvent
étroitement liée à des
phénomènes sexo-spécifiques tels que la
féminisation de la pauvreté, les relations
inégales entre les sexes, la violence sexuelle, notamment
dans les situations de conflit armé et, plus
généralement, la discrimination politique et
culturelle mis en place par les structures du pays d'origine, qui
portent atteintes aux droits des femmes.

Cela est aujourd'hui plus vrai que jamais, une des
évolutions les plus significatives étant
l'émergence et l'autonomisation des femmes dans les flux
migratoires mondiaux. En effet, les femmes représentent plus
de 45% de la population migrante au sein de l'Union
Européenne, et bien que la majorité accompagne ou
rejoint un membre de leur famille, un nombre croissant de femmes
migrent de leur propre initiative et selon leurs propres termes,
à la recherche d'une vie meilleure pour eux-mêmes et
leur famille restée au pays.

Cette tendance a été jusqu'à présent
globalement négligée des législateurs
nationaux et européens, ce qui ne manque pas de soulever un
certain nombre de défis aux politiques migratoires, sur des
thèmes tels que l'intégration, le
co-développement, la lutte contre la traite des êtres
humains.

La traite des êtres humains

Les politiques restrictives en matière d'immigration dans
l'Union Européenne qui limitent de plus en plus les
possibilités d'entrée des femmes migrantes sur le
territoire communautaire ainsi que le manque d'information sur les
processus migratoires légaux, a pour conséquence de
pousser de plus en plus de candidates à l'immigration
à se tourner vers les réseaux illégaux et se
fier à des passeurs s'exposant ainsi à un risque
élevé de violence physique et sexuelle. Ainsi le
phénomène de la "féminisation des flux
migratoires" a également pour effet l'augmentation du nombre
de victimes de traite, les femmes étant plus
vulnérables à la traite, l'exploitation et les
mauvais traitements au cours de leur processus de migration.

Les efforts visant à lutter contre la traite ont
cependant gagné du terrain. Pour autant, les directives du
Conseil européen (29 avril 2004) instituant l'octroi d'un
permis de résidence temporaire aux victimes de traite des
êtres humains à condition qu'elles aident les
autorités compétentes et témoignent contre les
trafiquants, illustrent un manque de compréhension fassent
aux épreuves qu'ont connu ces femmes. En effet, elles
devraient être pleinement soutenues et obtenir un permis de
séjour et de travail dans les pays d'accueil
détaché de leur volonté de participer ou non
à la procédure pénale ou juridique.

Les obstacles qui se posent à
l'intégration des femmes migrantes :

La situation des femmes immigrées, notamment celle ayant
rejoint leur conjoint au titre du regroupement familial, dans de
nombreux cas dépendra du statut juridique de leur conjoint.
En effet, celle-ci sont souvent considérés en termes
juridiques comme des personnes dépendantes, ce qui a des
conséquences néfastes pour les femmes qui restent
souvent dans des situations conjugales physiquement ou mentalement
abusives pour le bien de leurs enfants ou de peur de perdre leur
droit de résidence dans le cas d'un divorce ou le
départ de l'époux après son arrivée
dans le pays d'accueil.

Par exemple, le Fonds des Nations Unies pour la Population, dans
son rapport 2006 identifie la pression pour la réussite
sociale et économique du détenteur principal du
permis de séjour comme l'une des principales causes de
violence conjugale; "Les efforts pour s'adapter à un nouvel
environnement, le chômage, l'insuffisance des salaires et le
racisme peuvent conduire à la frustration, qui trouve son
exutoire dans la violence psychologique et physique envers la
partenaire ou épouse".

De même, on voit que l`intégration est en panne
quand ressurgissent, au sein des communautés de migrants et
d`immigrés de la deuxième génération,
des pratiques néfastes, parfois même en déclin
dans le pays d`origine. Ces pratiques telles que les crimes
d`honneur, les mariages forcés et les mutilations
génitales féminines sont autant de manifestations de
mal être social et de violence subie par ces
communautés, violence qui, presque « naturellement
» se déverse ensuite sur la femme.

Ce statut précaire de la femme migrante dans le pays
hôte la dissuade souvent de porter plainte officiellement en
raison des barrières linguistiques, de la pression
familiale, de l'isolement, des traditions culturelles ou de la
discrimination pratiquée par les forces de police.

L`OIM, par ses programmes dans les pays d`accueil des migrants
comme la Suisse, sensibilise les communautés d'Afrique de
l'Est notamment où les mutilations génitales
féminines se pratiquent, par l`intermédiaire de
médiateurs et médiatrices culturels issus des
communautés, aux idées reçues qui persistent
autour de la question des MGF et aux conséquences qu`a cette
mutilation sur la sante des femmes et des jeunes filles. Car il
faut être clair, une femme victime de violence ou une femme
excisée sera nécessairement moins à même
à de trouver du travail, de soutenir ses enfants et de
participer à l`intégration de sa famille dans la
société d`accueil.

De ce point de vue, les systèmes de santé et les
praticiens de la santé doivent être
sensibilisés à ces pratiques afin d`offrir les soins
les plus adéquates et permettre une prévention
efficace.

Ensuite, les femmes migrantes, surtout quand elles n'ont pas
reçu une éducation formelle, sont moins susceptibles
de reprendre des études, de suivre une formation
linguistique ou d'acquérir de nouvelles
compétences.

Leur accès aux cours de langue est souvent restreint,
principalement en raison des coûts qu'ils représentent
et du manque de garde d'enfants disponible et ou du fait de
l'absence de statut légal dans le pays hôte.
L'accès aux soins médicaux notamment en termes de
prévention est aussi un problème, les systèmes
de santé nationaux étant peu adaptés aux
populations immigrées.

Etant confrontées à une plus grande discrimination
à l'emploi dans le pays hôte en raison d'une
combinaison de sexisme, de racisme et de xénophobie dans le
monde du travail, les femmes migrantes ont souvent pour recours
d'accepter un emploi peu rémunérateur et souvent
dépourvu de possibilité d'évolution dans des
professions à prédominance féminine comme le
travail domestique, les restaurants et les hôtels,
l'habillement, et les lignes d'assemblage à forte
densité de main-d'œuvre.

De plus, l'accès à l'emploi est souvent
facilité par les contacts personnels et les réseaux
informels, ce qui exclut un grand nombre de migrantes qui n'ont
alors d'autre choix que d'accepter les emplois disponibles dans les
sociétés d'accueil même si beaucoup de ces
femmes sont plus qualifiées et instruites que leur emploi le
laisse entrevoir. Cette situation rend les compétences et le
capital humain des femmes migrantes peu visible par les
sociétés d'accueil et maintien l'image d'une femme
immigrée sous-qualifiée.

Quelques éléments de
solution :

Les femmes migrantes représentent un vivier de
capacités humaines de talents et de créativité
souvent inexploité. C'est ainsi que, pour permettre au
potentiel économique et social des femmes migrantes de
s'exprimer pleinement, tant pour leur pays d`accueil que pour leur
pays d`origine, il est important que les pays hôte prennent
conscience des capacités des femmes migrantes et mettent en
œuvre les mesures adaptées pour les soutenir.

Parmi ces mesures, figurent :

  • Une protection légale et le droit au travail 
  • Un accès à la sante et notamment la sante
    reproductive 
  • Un accès à la formation professionnelle, à
    l`apprentissage de la langue et de la culture du pays
    d`accueil 
  • La reconnaissance des diplômes et des qualifications
    acquises dans le pays d`origine 
  • Des informations sur les possibilités d`entreprendre et
    les conditions légales du commerce 
  • Plus d`information sur leurs droits sociaux, notamment dans le
    contexte professionnel. 
  • Les Etats Européens doivent ratifier la Convention sur
    les Droits des Travailleurs Migrants et leurs Familles.

Quel apport au développement de
leur pays d`origine?

Une des contributions majeures des femmes migrantes à
leur pays d`origine et de type financier. En effet, les
travailleuses migrantes ont tendances à rapatrier une part
plus importante de leur salaire a leur famille restée au
pays. Cet argent, auquel sont consacrées de plus en plus
d'études, est souvent crucial pour la survie du foyer,
servant aux dépenses primaires telles que la nourriture, les
soins médicaux et l'éducation mais constitue
également un potentiel de développement
économique très important.

Bien souvent, les migrants favorisent les transferts de fonds
informels pour rapatrier une partie de leur salaire, par manque
d'informations claires et précises sur les
possibilités formelles et leurs coûts. Dans ce
domaine, les femmes s'avèrent être encore plus
dépendantes des canaux informels du fait un accès
moindre à l'information, du fait qu'elles travaillent
souvent comme aide à domicile, et qu'elles ont, en
général moins accès aux réseaux sociaux
et sont moins à l'aise avec les systèmes bancaires.
Les mesures visant à promouvoir l'utilisation des canaux de
transferts formels doivent donc prendre en compte ces
différences de comportements entre les hommes et les femmes
migrantes.

Ces transferts de fonds des femmes migrantes, par les
liquidités financières qu'elles apportent aux
familles, portent en eux un potentiel de développement
important. Les initiatives visant à encourager
l'investissement productif de ces fonds notamment dans des petites
et moyennes entreprises, sont cruciales. Notamment, l'OIM a
développé récemment en Guinée, au
Rwanda et en RDC, un projet de formation à la gestion
financière de petite entreprise aux femmes
guinéennes, dispensée par des femmes entrepreneures
installées à l'étranger. Ce projet, comportant
la mise en œuvre d'une coopérative locale a grandement
amélioré la vie des femmes qui y ont
participé, tout en renforçant la cohésion de
la communauté par la gestion de la coopérative.

Cet exemple m'amène à évoquer le
deuxième type de contribution des femmes migrantes à
leur pays d`origine, moins étudié mais porteur d`un
potentiel considérable, est la contribution sociale.

En effet, par les savoir faires, les idées et les
attitudes nouvelles qui apportent a leur pays d`origine dans leurs
contacts ou durant leur vacances, les femmes vivant à
l`étranger sont à l`origine d`un certains nombres
d`évolutions sociales et sociétales.

Dans cette optique l`OIM tente de mettre en contact les
diasporas avec les autorités nationales des pays d`accueil.
Par son programme MIDA, Migration for Développent in Africa,
l`OIM encourage les membres qualifies de la diaspora à
effectuer des missions de travail temporaire dans leur pays
d`origine afin de combler les lacunes en ressources humaines
qualifiées dans certains secteurs clé du
développement tels que l`ingénierie, la
médecine, l`enseignement.

Les nouvelles technologies de l`information permettent
désormais des actions innovantes dans ce domaine comme
l`enseignement a distance, le mentorat d`entreprise et les
transferts de connaissance.

De nombreux associations de migrantes ont mis sur pieds des
échanges commerciaux avec leur pays d`origine, des
associations de soutien aux femmes professionnelles locales et des
actions de mentorat et de coopération virtuelle. Toutes ces
initiatives participent à renforcer le potentiel
économiquement et socialement créatif des femmes
migrantes et doivent être soutenues dans une logique de
co-développement entre le pays d'accueil et le pays
d'origine des migrants.

Enfin, une donnée cruciale pour encourager la
coopération avec le pays d`origine est que le statut de la
femme migrante et celui de sa famille dans le pays hôte ne
doivent pas être remis en cause des lors que la femme
migrante souhaite effectuer des retours temporaires dans son pays
d`origine.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

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