Allocution de William Lacy Swing au forum mondial sur la migration et le developpement

Date Publish: 
Mardi, October 28, 2008 - 16:00
Speaker: 
Mr. William Lacy Swing, Director General, International Organization for Migration
Location: 

Monsieur le Président Arroyo,

Monsieur le Secrétaire général Ban,

Monsieur le Secrétaire général du
Secrétariat ACP,

Mesdames et Messieurs les Ministres, Excellences, Mesdames et
Messieurs les délégués, chers
collègues,

C'est un honneur de prendre part à ce deuxième
Forum mondial sur la migration et le développement –
qui survient moins d'un mois après ma prise de fonctions
à la tête de l'Organisation internationale pour les
migrations. Ma présence parmi vous aujourd'hui porte
témoignage de mon message essentiel:  

I.  Un dialogue mondial – la
pièce manquante de la mosaïque migratoire

L'OIM est fermement convaincue que le dialogue revêt une
importance cruciale pour la compréhension du fait migratoire
et la coopération internationale en la matière. 
Les Etats ont mis sur pied ce forum pour servir de véhicule
à un tel dialogue, soucieux de conférer une
réelle dimension mondiale à la mosaïque des
opportunités existantes en termes de débats informels
aux niveaux national, bilatéral et régional. A
l'instar des quatorze processus consultatifs régionaux sur
la question migratoire que soutient l'OIM, je voudrais assurer les
participants à ce Forum que nous nous tenons prêts
à répondre favorablement à toute requête
que vous pourriez formuler. 

D'énormes progrès ont été faits ces
dernières années en ce qui concerne le dialogue entre
Etats sur la question migratoire au niveau mondial.  Le
Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le
développement de l'Assemblée générale
des Nations Unies de 2006 a constitué une étape de
première importance à cet égard. Depuis
quelque temps déjà, cette question mobilisait en
permanence l'attention de la communauté internationale. Ce
qui manquait, cependant, c'était un thème fort et
unificateur qui puisse mettre de la cohérence dans la
réflexion et dans l'action. La thématique migration
et développement est apparue comme ayant le potentiel de
réunir de nombreuses parties prenantes
hétérogènes, à savoir les pays
d'origine, de transit et de destination, les organisations
internationales, la société civile, le secteur
privé, les syndicats et – le plus important –,
les migrants eux-mêmes. Le Dialogue de haut niveau a
démontré que des Etats de toute provenance
géographique peuvent s'assoir à une table commune
pour mener un débat constructif, même s'ils ont des
perspectives et des expériences migratoires divergentes.
Cette approche positive est l'un des principaux accomplissements de
ce Dialogue. Aujourd'hui, le Forum mondial met les Etats en mesure
de prendre appui sur les résultats du Dialogue de haut
niveau en recensant les méthodes concrètes devant
permettre d'agir au niveau des liens entre les migrations et le
développement. 

Peut-être le meilleur gage de cette confiance grandissante
qui imprègne le dialogue interétatique sur la
migration nous est-il donné par le thème choisi pour
ce Forum mondial: “Protéger et renforcer la
capacité des migrants pour le
développement”.  Il y a seulement quelques
années en arrière, beaucoup auraient jugé ce
thème trop controversé pour faire l'objet d'un
débat à l'échelle mondiale. Je félicite
le Gouvernement philippin pour la détermination dont il a
fait preuve en se saisissant de ce thème critique dans un
esprit constructif, s'efforçant de suggérer de
possibles approches pratiques tout en soulignant le principe de la
responsabilité partagée.

II.  Migration et
Développement – l'équation essentielle

L'équation migration/développement revêt une
importance critique.  On est ici en présence d'une
forme de relation double aux effets à la fois positifs et
négatifs. En même temps que la migration peut
être le résultat d'un manque de développement,
elle peut aussi être à l'origine d'un
allégement ou au contraire d'une aggravation du
sous-développement. On voit donc bien que la migration ne
peut pas être désignée péremptoirement
comme un obstacle au développement, mais qu'elle n'est pas
non plus une sorte de baguette magique au service du
développement. Au contraire, que cela soit dans la
sphère migratoire ou dans celle du développement, il
nous appartient d'œuvrer à l'élaboration de
politiques soigneusement pensées pour amplifier ce que la
migration a de bon à offrir au développement, et en
atténuer les effets néfastes.

Si l'on constate une prise de conscience croissante des liens
unissant migration et développement, la plupart des cadres
de développement stratégique, à commencer par
les Objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD) et la plupart des politiques gouvernementales en
matière de développement, tels que les Documents
nationaux de stratégie pour la réduction de la
pauvreté (DSRP), n'intègrent toujours pas la question
migratoire de manière systématique. On observe
cependant que cela change peu à peu. L'OIM encourage la
communauté internationale à faire de la question
migratoire un élément plus régulier des
politiques et de la planification en matière de
développement. A cet effet, elle collabore avec un certain
nombre de pays pour intégrer la question migratoire dans
leurs DSRP et, avec quelques agences partenaires, elle a entrepris
la rédaction d'un manuel dont l'objet est d'aider les pays
en développement à faire que le lien entre la
migration et la lutte contre la pauvreté devienne une
réalité. Plus généralement,
l'Organisation s'attache à mettre au point des politiques
migratoires s'accordant ave le développement et faisant plus
largement place à la perspective du développement, en
ciblant notamment les Objectifs du Millénaire pour le
développement. On est frappé de voir que ces
idées commencent en effet à se faire un chemin dans
un nombre sans cesse croissant de plans nationaux de
développement. 

Comment faire pour réaliser le bénéfice
commun que peut offrir l'exploitation du potentiel positif de la
migration pour le développement? Une approche globale
s'impose absolument pour que le traitement de l'équation
migration/ développement soit un succès. Cela
signifie qu'il faut prendre en considération non seulement
les liens qui unissent ces deux domaines, mais aussi ceux qui les
rattachent à d'autres domaines d'importance critique. Des
mesures positives sont prises dans ce sens – on voit par
exemple que la relation complexe unissant le fait migratoire, le
développement et le commerce s'impose de plus en plus dans
ce débat. Cependant, il existe certains autres domaines qui
influent eux aussi sur la migration et le développement et
qui mériteraient davantage d'attention:  la
santé, par exemple, est souvent absente du débat
mondial sur la question, alors même que la prise en compte
des besoins sanitaires et des droits des migrants revêt une
importance cruciale sur le plan des efforts à
déployer pour faire de la migration quelque chose de plus
humain et de plus productif, tant pour les individus que pour les
sociétés. La pénurie de professionnels de la
santé là où les services sanitaires sont un
besoin vital, due en partie à l'émigration, est une
préoccupation grandissante à l'échelle
mondiale. L'éducation et l'environnement, pour ne citer que
ces deux autres exemples, mériteraient aussi d'avantage
d'attention.

III.  La gouvernance du
phénomène migratoire est une question de
 capacités

Aider les gouvernements à se doter des capacités
essentielles pour réaliser le potentiel de
développement que recèle le phénomène
migratoire est aujourd'hui la tâche majeure qui nous incombe
– et elle est fondamentale dans une perspective de bonne
gouvernance. A défaut de disposer des fondamentaux
nécessaires – des politiques complètes et
cohérentes, des structures juridiques et administratives
saines et en bon état, et un personnel bien formé
–, les gouvernements resteront démunis pour exploiter
les avantages potentiels qu'offre la migration. En d'autres termes,
l'heure est venue de mettre prioritairement l'accent sur la
gouvernance de la migration, aux niveaux tant national
qu'international. Et il est temps également de faire en
sorte que les gouvernements qui en ont besoin soient mis en mesure
d'accroître réellement leurs
capacités.  

Le respect des droits de l'homme est un élément
clé de la gouvernance des migrations.  Le respect
effectif des droits de l'homme des migrants est le socle sur lequel
les migrations pourront contribuer positivement au
développement des pays d'origine et de destination. De la
même façon, la protection des droits de l'homme des
migrants revêt une importance fondamentale si l'on veut faire
de la migration une expérience sûre, digne et
enrichissante pour les migrants eux-mêmes. Mettre pleinement
en valeur le potentiel humain suppose entre autres de donner aux
candidats migrants un choix réel entre l'option
d'émigrer et celle de ne pas émigrer, ce qui est une
autre façon de dire que le développement commence
dans le pays d'origine. La protection des droits des migrants est
nécessaire à toutes les étapes du cycle de vie
migratoire ; toutes les formes de discrimination,
d'intolérance et de racisme doivent être fermement
rejetées. Il faut à tout moment que la
priorité soit la prise en compte particulière des
besoins des migrants plus spécialement vulnérables,
ce qui suppose de prêter attention aux considérations
de sexe, d'âge et de santé.

Le bien-être des migrants est une préoccupation que
l'on retrouve dans les documents constitutifs de l'Organisation
– et qui se reflète dans ses activités, ses
projets et ses programmes – depuis sa création il y a
maintenant plus d'un demi-siècle. L'OIM mène un
combat résolu pour le respect effectif des droits de l'homme
de tous les migrants.

Un mot de mise en garde s'impose dans le climat
économique actuel: aujourd'hui, comme lors des
périodes précédentes de ralentissement
économique, il existe un risque de voir stigmatiser les
migrants. Nous devons œuvrer tous ensemble pour éviter
que cela se produise et veiller à une perception juste et
équilibrée de la réalité migratoire
dans le grand public. Il est vrai que la demande de
main-d'œuvre immigrée risque de diminuer dans certains
contextes, et que cela entraînera une baisse des
rapatriements de fonds. Cependant, le besoin essentiel de
main-d'œuvre immigrée dans certains pays et dans
certains secteurs restera une tendance dominante à long
terme en raison de la persistance des réalités
économiques et démographiques, comme le montre le
Rapport de l'OIM Etat de la migration dans le monde 2008 –
Gestion de la mobilité de la main-d'œuvre dans une
économie mondiale en mutation.

Il faut que les politiques en matière de migration de
main-d'œuvre restent flexibles et qu'elles s'adaptent aux
circonstances changeantes. Mais sachons dépasser les
contingences immédiates, ne perdons pas de vue les
fondamentaux et ne laissons pas  faire que les migrants soient
la cible d'attaques racistes ou xénophobes. Au gré de
la mise en place des mesures prises pour atténuer les
conséquences de ce ralentissement économique, faisons
en sorte que les besoins des migrants soient spécialement
pris en compte dans la recherche de solutions et de bien comprendre
les effets qu'auront sur eux ce ralentissement, tout comme les
mesures prises pour y remédier. 

IV.  La clé du succès:
les partenariats

Les partenariats sont d'une importance primordiale, et les
initiatives prises aux niveaux national, régional,
interrégional et mondial sont complémentaires. 
J'ai eu l'occasion de souligner l'importance d'incorporer la
question migratoire dans les agendas nationaux en matière de
planification du développement. Au niveau régional,
j'aimerais souligner l'existence des processus consultatifs
régionaux (PCR) en matière migratoire, entre autres
expressions formelles et informelles du dialogue et de la
coopération à l'échelle régionale. Il
s'agit de mécanismes clés de la compréhension
et de l'action multilatérales en matière migratoire.
Les PCR se sont multipliés au cours des vingt
dernières années et il n'existe pratiquement pas de
région au monde qui n'ait pas le sien. Bon nombre de
consultations régionales réservent un traitement
prioritaire à l'équation
migration/développement, tandis que d'autres adoptent une
approche plus ponctuelle. Nous aurons l'occasion, dans le courant
de 2009, de réunir les secrétariats des principaux
processus consultatifs régionaux et les gouvernements qui en
assurent la présidence afin d'explorer les synergies
potentielles et de faire en sorte qu'ils en tirent mutuellement les
enseignements utiles. De plus en plus, des opportunités de
dialogue sur les questions migratoires se présentent sous
l'action d'entités régionales et
sous-régionales et de processus d'intégration
économique ayant récemment ajouté la question
migratoire à leurs ordres du jour. Des dialogues
interrégionaux d'importance sont à présent
consacrés à l'équation
migration/développement et peuvent offrir des perspectives
intéressantes de coopération en ce qui concerne les
flux migratoires interrégionaux.

Face à la progression constante de la coopération
interétatique, les partenariats entre agences revêtent
une importance tout aussi fondamentale.  Les Etats Membres ont
chargé l'OIM de traiter de la question migratoire dans ses
aspects multiples. Cela étant, nous reconnaissons le
savoir-faire précieux d'autres institutions et
entités dans différents domaines de la question
migratoire. Nous saluons le rôle qu'elles jouent à ce
niveau. J'aimerais ici évoquer en particulier la place qu'a
prise le Groupe mondial sur la migration (GMG),  qui est le
mécanisme de coordination mis sur pied par plusieurs
organisations intergouvernementales traitant de questions
migratoires. Le GMG peut jouer un rôle déterminant
dans les efforts tendant à tirer tout le parti possible des
migrations, par exemple en assurant une cohérence maximale
et en agissant au niveau de la complémentarité des
politiques et des programmes. Les agences membres du GMG viennent
de publier conjointement un rapport sur la migration internationale
et les droits de l'homme à l'occasion du 60ème
anniversaire de la Déclaration universelle des droits de
l'homme, et à titre de contribution au FMMD. Il est possible
de faire davantage encore et il faudrait faire davantage.

Pour sa part, l'OIM est déterminée à
œuvrer sans relâche au succès du processus
engagé avec le FMMD. A cet effet, elle a
détaché un expert de la migration auprès de
l'équipe spéciale mise sur pied pour la
première et la deuxième réunions du
Forum.  Nous avons répondu positivement aux invitations
du Gouvernement philippin et de plusieurs autres gouvernements
à l'effet de contribuer aux préparatifs des
discussions qui auront lieu aujourd'hui et demain, notamment par la
rédaction de documents de travail destinés aux tables
rondes et en organisant d'autres formes de contributions, en
étroite collaboration avec les gouvernements à la
manœuvre.

Je terminerai en réitérant l'engagement de l'OIM
à assister la communauté internationale dans la
réalisation du plein potentiel de développement
qu'offre la migration et à promouvoir des flux migratoires
plus ordonnés et plus humains, dans l'entier respect des
droits humains de tous les migrants.

L'OIM se réjouit par avance des
délibérations qui se tiendront dans le cadre de ce
Forum mondial de Manille sur la Migration et le
Développement, et est très désireuse d'y
donner suite.