VIH et mobilité: Utiliser les partenariats pour intégrer les migrants dans la lutte globale contre le VIH

Date Publish: 
Dimanche, June 21, 2009 - 16:00
Speaker: 
Mrs. Ndioro Ndiaye, former Deputy Director General, International Organization for Migration
Location: 

M. le Directeur exécutif, chers
délégués, Mesdames et Messieurs,

C'est un grand honneur pour moi de participer à la
24ème réunion du Conseil de coordination du programme
de l'ONUSIDA. Je suis extrêmement honorée de pouvoir
m'entretenir avec le Conseil sur le thème du VIH et de la
mobilité, ainsi que de l'importance de la collaboration et
des partenariats pour garantir un accès universel, y compris
à cette large couche de la population souvent laissée
pour compte. Il est particulièrement encourageant de voir
que le thème de l'importante session d'aujourd'hui met
l'accent sur l'accès universel et les migrants.

Il y a une reconnaissance internationale grandissante concernant
le lien entre la migration et les conséquences sur la
santé. La pandémie du VIH a probablement
accentué ce fait, bien plus que tous les autres
problèmes liés à la santé. Le nombre de
migrants au niveau international est d'au moins 200 million dont
50% de femmes. Le nombre total de migrants en prenant en compte les
migrations internes, les réfugiés et les
déplacés internes, les travailleurs saisonniers et
les migrants en situation irrégulière est
évidemment bien plus important.

Les migrations ne sont pas en soi un risque pour la
santé, mais les conditions entourant le processus migratoire
peuvent entrainer un accroissement de la
vulnérabilité aux problèmes de santé.
Cela est particulièrement vrai pour les personnes qui
migrent de manière involontaire en fuyant les catastrophes
et les crises humanitaires, ou qui se retrouvent dans des
situations irrégulières ou dans des circonstances
où elles sont exploitées. De plus, même quand
les services de santé sont à la disposition des
migrants, il est possible qu'ils n'en fassent pas usage à
cause de différences culturels ou linguistiques, ou à
cause de connaissances et d'informations insuffisantes sur leurs
droits. Les questions de santé et migration sont donc
directement liées à la problématique plus
large des déterminants sociaux de la santé.

La relation entre les migrations et le VIH est complexe et
toujours peu comprise. Durant ces dernières années,
il y a eu une reconnaissance internationale grandissante sur
l'importance de la mobilité des populations dans le cadre de
la pandémie du VIH mais plusieurs facteurs restent peu
reconnus :

  • Les migrants ne sont pas un groupe homogène avec les
    mêmes risques et vulnérabilités mais certains
    migrants et certaines populations mobiles ont été
    reconnus pour être particulièrement vulnérables
    aux infections du VIH. Il s'agit des travailleurs qui ont
    migré mais qui ne trouvent pas d'emploi, des
    réfugiés et des déplacés internes qui
    sont victimes d'insécurités physiques et sociales et
    les migrants affectés par la violence et
    l'exploitation.
  • Le lien entre migration et VIH est lié aux conditions et
    aux processus migratoires. Une réponse efficace contre le
    VIH doit anticiper et prendre en compte la
    vulnérabilité au VIH à toutes les
    étapes du cycle migratoire.
  • Les risques et la progression de l'épidémie sont
    liés aux migrations entre les zones à forte
    prévalence et les zones à faible prévalence du
    VIH.

Bien que certaines personnes pensent que les migrants apportent
surtout le VIH quand ils émigrent, les faits
démontrent souvent une autre situation, dans le sens
où les migrants peuvent être plus vulnérables
que les populations locales. La plupart des facteurs qui
contribuent à la mobilité tels que la distribution
inégale des ressources, le chômage,
l'instabilité socioéconomique et les troubles
politique, sont aussi des déterminants du risque accru des
migrants et de leurs familles aux infections au VIH. Les femmes
migrantes qui travaillent souvent dans des secteurs informels et
non régulés de l'économie sont
particulièrement vulnérable à l'exploitation,
à la discrimination et aux abus ainsi qu'à la
violence sexuelle. Beaucoup de migrants manquent également
d'information et d'accès au matériel de
prévention du VIH ainsi qu'aux traitements.

Même si la majorité des pays du monde ont des
stratégies et des plans nationaux de lutte contre le VIH,
les mesures spécifiques concernant les
vulnérabilités inhérentes aux processus de
migrations et les traitements pour les migrants et les populations
mobiles ne sont souvent pas inclues. Prendre en compte les risques
et la vulnérabilité au VIH dans le contexte des
migrations et de la mobilité requiert un effort commun des
différents acteurs dans les communautés d'origines,
de transit et de destination. Cela inclut les gouvernements, les
employeurs, les communautés et la société
civile constituée des migrants et des personnes vivant avec
le VIH. Il est clair que la plupart des inégalités
qui conduisent à la propagation du VIH poussent
également à la migration. L'expérience de
l'OIM dans le domaine des migrations a ainsi tout naturellement
amené l'organisation à travailler sur la question du
VIH avec de multiples partenaires. L'OIM a par exemple
collaboré étroitement avec l'ONUSIDA depuis 1997 pour
prendre en compte la question de la mobilité des populations
et du VIH à travers des projets visant à
l'amélioration de l'accès à la
prévention, aux soins et aux traitements des migrants et des
populations mobiles à travers le monde.

L'OIM a constaté que prendre en compte la
vulnérabilité des migrants au VIH à travers
toutes les étapes de la migration, du départ au pays
de destination en passant par le voyage et le retour au pays
d'origine, requiert un engagement national fort. Des approches
régionales et interrégionales, en particulier
concernant la mobilité transfrontalière sont
également essentielles. Des progrès
considérables ont déjà été
obtenus par le biais de collaborations avec l'ONUSIDA, les
co-sponsors et les autres partenaires. Poursuivre et renforcer les
partenariats est essentiel pour :

  • Développer et mettre en oeuvre des lois et des
    stratégies qui incluent les migrants, les personnes vivant
    avec le VIH et leurs communautés afin de réduire
    l'exclusion sociale, la discrimination et la marginalisation des
    migrants et améliorer l'accès à la
    prévention, aux soins et aux traitements quels que soit les
    statuts légaux et résidentiels des migrants.
  • Développer les capacités des systèmes de
    santé publiques dans les pays d'origine, de transit et de
    destination dans le domaine de la prévention de la
    transmission du VIH et de la promotion de la santé des
    migrants. Cela inclut le fait d'intégrer la migration dans
    les stratégies et politiques de santé et former les
    acteurs de la santé, les éducateurs et les
    décideurs à prendre en compte les problèmes de
    santé liés aux populations mobiles.
  • Reconnaitre que les femmes sont plus vulnérables aux
    infections du VIH que les hommes pour des raisons biologiques et
    socioculturelles et s'assurer que les questions de genre soient une
    composante intégrale dans les programmes de
    prévention et de traitement.
  • Améliorer la collecte de données et les
    échanges de compétences pour que les efforts
    nationaux et globaux mènent à la publication de
    documents sur la santé des migrants et que la
    mobilité soit inclue dans la surveillance et les
    systèmes d'informations nationaux et internationaux.
  • Prôner efficacement que le VIH, en relation avec la
    migration ne pose pas de danger à la santé publique
    et qu'il n'y a donc pas de raison de santé publique pour des
    tests obligatoires du VIH pour les personnes cherchant à
    entrer ou a résider dans un pays.

Chers délégués, chers collègues,
Comme il a été souligné ce matin et sera
discuté aujourd'hui, les migrants connaissent une
vulnérabilité exacerbée et manquent
d'accès aux services sanitaires et sociaux essentiels. Ces
conditions existent souvent à cause de leur statut de
migrants ainsi qu'au manque d'inclusion de ces derniers dans les
stratégies et les politiques nationales, au manque de prise
en compte des besoins des migrants dans les systèmes de
santé publique, et des idées fausses mais tenaces sur
l'association du VIH à la mobilité.

L'OIM a travaillé étroitement avec l'ONUSIDA
depuis sa création et grâce à ce partenariat et
à d'autres collaborations à travers le monde, elle a
pu prendre en compte la question de la mobilité des
populations et le VIH et améliorer l'accès à
la prévention, aux soins et aux traitements pour les
migrants. C'est la raison pour laquelle, l'OIM est
extrêmement honorée de participer à
l'importante session thématique d'aujourd'hui, puisqu'elle
offre une grande opportunité pour parler des défis
pour « l'accès universel » des migrants et plus
particulièrement pour offrir des solutions pratiques et
concrètes pour améliorer la situation à
l'avenir. Nous nous réjouissons de pouvoir continuer
à travailler ensemble pour le suivi des conclusions de cette
réunion.

Merci.